MANO LOUTOBY-F-MANO-LOUTOBY

J’AI TOUT DONNÉ

POUR RADIO CARAÏBES…

NATIF DU QUARTIER DE VOLTAIRE-BOIS NEUF AU ROBERT LE 24 AOÛT 1945, JE NE RÊVAIS PAS D’UNE CARRIÈRE À LA RADIO PENDANT MON ENFANCE. MON PÈRE LÉONARD GABRIEL LOUTOBY, TOUT COMME MA MÈRE ODETTE SÉRAFINE LUDOP, TRAVAILLAIENT LA TERRE COMME BEAUCOUP, POUR ÉLEVER LEUR 12 ENFANTS. TRAVAIL PÉNIBLE DANS LES CHAMPS DE CANNE, MARAÎCHAGE, ÉLEVAGE DE BOEUF ETC. ET POUR « VOITURE », NOUS AVIONS LE CHEVAL DE MON PÈRE. L’ÉCOLE ÉTAIT LOIN DANS TOUS LES SENS DU MOT, À PLUS DE 10 KM ET TELLEMENT LOIN DE NOS SOUCIS DE TOUS LES JOURS POUR SURVIVRE, JE SUIS UN VRAI AUTODIDACTE. TOUT CE QUE J’AI APPRIS, J’AI DÛ ALLER LE CHERCHER DE MOI-MÊME.
J’AI TOUT DONNÉ POUR RADIO CARAÏBES…
J’AI LAISSÉ MON TRAVAIL EN 1975, LAISSÉ MA PLACE À LA MAIRIE DE FORT-DE-FRANCE POUR ALLER FAIRE DE LA RADIO À SAINTE-LUCIE.

EN EFFET, J’AI REPRIS MES ÉTUDES À 15 ANS EN PRENANT DES COURS POUR ADULTES À TERRES SAINVILLE, CE QUI M’A PERMIS D’OBTENIR LE CERTICAT D’ÉTUDE. JE NE PEUX PAS OUBLIER HECTOR SAÉ QUI M’A FORMÉ.

PUIS, APRÈS DES COURS PAR CORRESPONDANCE EUROLEC, JE SUIS DEVENU ÉLECTRICIEN. MÉTIER QUI CONSISTAIT POUR MOI À RÉPARER LES POSTE DE RADIO À DOMICILE. APRÈS MON SERVICE MILITAIRE EN GUADELOUPE, UNE FOIS RÉUSSI LE CONCOURS EN 1966, J’AVAIS COMMENCÉ COMME GARDIEN DE PRISON MAIS J’AI PRÉFÉRÉ DÉMISSIONNER POUR ALLER OUVRIR UN ATELIER À PONT-DEMOTHÈNE FORT-DE-FRANCE. PAR LA SUITE, J’AI ÉTÉ EMBAUCHÉ PAR AIMÉ CÉSAIRE EN 1970 COMME ÉLECTRICIEN DANS LE CADRE D’UN PROJET DE RÉGIE D’ÉLECTRICITÉ. MON CHEF ÉTAIT ALORS LE DANIEL MARIE-SAINTE QUI OFFICIE MAINTENANT À LA CTM. NOUS ÉTIONS SYNDICALISTE, TOUT COMME FRANTZ AGASTA ET GÉRIL . J’ÉTAIS DÉLÉGUÉ SYNDICAL ET NOUS NOUS RETROUVIONS FACE À CÉSAIRE POUR DES NÉGOCIATIONS.
PUIS  EN 1975, SUITE À UNE ANNONCE PARU SUR FRANCE-ANTILLES POUR UNE ÉMISSION EN CRÉOLE, J’AI ENVOYÉ UNE MAQUETTE ET C’EST MOI QUI AI ÉTÉ CHOISI.
J’AI PRIS MON ARGENT POUR ALLER À SAINTE-LUCIE, POUR RÉGLER MON HÔTEL ET FAIRE DES ÉMISSIONS TOUS LES DIMANCHES. PRENDRE UN AVION À L’AÉRO CLUB POUR ME RENDRE À CASTRIES SAINTE-LUCIE POUR POUVOIR RÉALISER UNE ÉMISSION D’UNE HEURE SEULEMENT.
PLUS SOUVENT QUE RAREMENT, IL FALLAIT ENREGISTRER AUPARAVANT L’ÉMISSION SUR BANDE MAGNÉTIQUE, DANS LE STUDIO DE MONSIEUR MALMAIN À DUROCHER FORT-DE-FRANCE. UNE FOIS LES BANDES ENREGISTRÉES, LES ENVOYER PAR LA COMPAGNIE AÉRIENNE LA LIAT VERS SAINTE-LUCIE POUR QUE LES TECHNICIENS DE LA RADIO PUISSENT LES PRENDRE EN CHARGE. CES BANDES, JE LES PAYAIS DE MA POCHE.
SANS OUBLIER MA VIE DE MILITANT POLITIQUE QU’IL A FALLU CONCILIER AVEC LE MÉTIER D’ANIMATEUR. APRÈS AVOIR MILITÉ AUX CÔTÉS DE GUY CABORT-MASSON, J’AI ADHÉRÉ AU PPM OÚ J’AI MÊME ÉTÉ PRÉSIDENT DU BALISIER SALVADOR ALLENDE.
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J’AI FAILLI DONNER MA VIE. JEAN-CLAUDE ASSELIN DE BEAUVILLE ÉTAIT MEMBRE DE L’AÉRO-CLUB DE MARTINIQUE. NOUS AVONS SOUVENT FAIT LE TRAJET MARTINIQUE-SAINTE-LUCIE DANS DES COUCOUS ET CE QUI DEVAIT ARRIVER ARRIVA, NOUS AVONS FRÔLÉ LA NOYADE COINCÉS DANS L’UN DE CES COUCOUS. SANS COMPTER LE NOMBRE DE FOIS OÚ JE ME SUIS RETROUVÉ AVEC DES APPRENTIS PILOTES OU DANS DES VOLS AU BORD DE LA CATASTROPHE AÉRIENNE.
J’AI ESSUYÉ LES INSULTES DES UNS ET DES AUTRES. QUAND ON DIT QU’À L’ÉPOQUE IL ÉTAIT INTERDIT DE PASSER LA MUSIQUE ANTILLAISE À LA RADIO, C’EST PEU DIRE. IL ÉTAIT QUASIMENT INSUPPORTABLE POUR CERTAINES PERSONNES D’ENTENDRE PARLER CRÉOLE ENDES LIEUX PUBLICS.
JE ME RAPPELLE DE QUELQUES MAUVAIS MOMENTS. LE PREMIER C’EST QUAND J’AI REÇU MONSEIGNEUR L’ARCHEVÈQUE MAURICE MARIE-SAINTE. LE JOURNAL FRANCE-ANTILLES A FAIT TOUTE UNE PAGE POUR DIRE COMMENT UN ARCHEVÈQUE POUVAIT SE PERMETTRE D’ALLER PARLER CRÉOLE À LA RADIO.
DEUXIÈME ÉVÉNEMENT, QUAND J’AI INVITÉ UN DOCTEUR POUR DONNER DES CONSEILS, C’ETAIT LE DOCTEUR FELIX AMAR. DRÔLE DE COÏNCIDENCE, LA CHANCE POUR MOI, IL AVAIT SON PROPRE AVION QU’IL PILOTAIT LUI-MÊME. CE QUI LUI PERMETTAIT DE NOUS EMMENER  FAIRE LES ÉMISSIONS À SAINTE-LUCIE. LA PREMIÈRE ÉMISSION, CE FUT DES INSULTES TOUT LE TEMPS.  » EST-CE QUE QUAND IL AVAIT PASSÉ SON DIPLÔME À BORDEAUX, EST-CE QUE C’ÉTAIT UN DIPLÔME EN CRÉOLE QU’ON LUI AVAIT DONNÉ ? »
JE ME RAPPELLE ENCORE QU’ON AVAIT UNE ÉMISSION QUI TRAITAIT DE LA BILHARZIOSE, LE DOCTEUR A DIT QU’IL NE FALLAIT PAS FAIRE SES BESOINS DANS LES RIVIERES. IL NOUS FALLAIT CHOISIR UN MOT POUR L’EXPRESSION « CACA ». JEAN-CLAUDE ASSELIN DE BEAUVILLE NOUS A CONSEILLÉ D’UTILISER UN MOT PLUS DOUX, NOUS AVONS CHOISI LE MOT « EXCRÉMENT » !
ET MÊME PLUS TARD, JE ME RAPPELLE AVOIR ÉTÉ HUMILIÉ PAR LE MAIRE DE FONDS-SAINT-DENIS QUI ME REPROCHAIT DE VOULOIR FAIRE PARLER CRÉOLE AUX HABITANTS DE SA COMMUNE. JE N’OUBLIE PAS AUSSI LES INSULTES EN DIRECT DE CERTAINS QUI TROUVAIENT L’USAGE DE CERTAINES EXPRESSIONS CRÉOLES COMME DÉGRADANT. OUI IL S’AGISSAIT BIEN DE RÉCONCILIER LE PAYS AVEC SA LANGUE, LE CRÉOLE.
EN CE SENS, IL FAUT REMERCIE LES GENS QUI M’ONT SUPPORTÉ TELS QUE RAPHAËL CONFIANT, YVES SÉRALINE ETC
JE ME SUIS TOUJOURS EFFORCÉ DE D’ABORDER DES SUJETS SÉRIEUX EN UTILISANT NOTRE LANGUE, LE CRÉOLE. PERMETTRE QU’ELLE PUISSE ÊTRE LE VECTEUR POUR LA RÉSOLUTION DE CONFLITS SOCIAUX. C’EST NOTRE LANGUE VÉRITÉ, CELLE OÚ L’ON NE SE CACHE PLUS DERRIÈRE DES PARAVENTS ! JE ME RAPPELLE AVOIR RÉUSSI À METTRE FIN À UN CONFLIT QUI PARALYSAIT LE SECTEUR DU BTP DEPUIS TROIS MOIS, EN AMENANT PATRONS ET OUVRIERS À NÉGOCIER EN CRÉOLE À LA RADIO.
COMME JE L’AI DIT ET RÉPÉTÉ SOUVENT, L’ÉTAT FRANÇAIS NE NOUS A JAMAIS IMPOSÉ LA LANGUE FRANÇAISE À LA RADIO OU À LA TÉLÉ, IL S’AGIT PLUS D’AUTOCENSURE ET DE PROBLÈMES QUE NOUS AVONS AVEC NOUS-MÊME !
IL Y AURAIT TANT À DIRE, C’EST POUR CELA QUE JE PRÉPARE UN GROS VOLUME.
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CHERCHER DES INVITÉS, LES EMMENER À SAINTE-LUCIE POUR LES ENREGISTRER, PAYER LEURS VOYAGES.
NE PARLONS MÊME PAS DES MOMENTS DIFFICILES, JE N’OUBLIE PAS LES 5 CHÈQUE SANS PROVISIONS DE RADIO CARAÏBES. J’AI DÛ PAYER DE MA POCHE LES VOYAGES POUR LES ÉMISSIONS EN DIRECT, PAYER AUSSI LES BANDES MAGNÉTIQUES POUR ENREGISTRER LES ÉMISSIONS.
CE QUI M’A PERMIS D’AVOIR DES ARCHIVES TRÈS RICHES DE TOUS LES GRANDS MUSICIENS, DES TOUS LES MAIRES DE LA MARTINIQUE, DE TOUS LES RESPONSABLES POLITIQUES DE L’ÉPOQUE TELS QUE AIMÉ CÉSAIRE, LE DOCTEUR ALIKER, ALFRED MARIE-JEANNE, CAMILLE DARSIÈRES, MONSEIGNEUR MARIE-SAINTE ETC ETC
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MON ARGENT MAIS AUSSI MON TEMPS ! TANT DE SACRIFICES. ON PARLE DE MOI COMME ÉTANT LE « MAGICIEN DES ONDES ». ON PEUT Y VOIR QUELQUES TOURS DE PASSE-PASSE SI ON VEUT. MAIS C’EST OUBLIER LE TEMPS CONSACRÉ À CHERCHER LES DISQUES, LES ARCHIVES, À ÉCOUTER AUSSI. LE TRAVAIL SI ON PEUT DIRE MÊME SI CE MOT N’EST PAS TRÈS ARTISTIQUE. AUJOURD’HUI, IL RESTE MA DISCOTHÈQUE QUI IMPRESSIONNE CERTAINS AVEC SES 25.000 ALBUMS PAYÉS DE MA POCHE, DES 78-45 & 33 TOURS QUI M’ONT TANT SERVI LORS DES MES ÉMISSIONS DE NUIT COMME DE JOUR TEL QUE MANO RÉTRO- COUCOU RÉTRO -  POUR PARLER FRANCHEMENT LES «VIYERI » !
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EN OSANT INVITER DES PARIAS DE LA SOCIÉTÉ COMME L’ÉTAIT ALORS GUY CABORT-MASSON. PLUSIEURS ÉMISSIONS ONT PERMIS DE DÉCOUVRIR CET HOMME-LÀ. TOUT COMME J’AI FAIT DÉCOUVRIR LE BANNI FRANTZ FANON. CELA MALGRÉ LA BOUE REÇUES, LES RÉTICENCES ET LES CRITIQUES TOUT AZIMUT.
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LA VOIX, MON STYLE ! EN DEUX MOTS, QUE DEVIENNENT MES ENFANTS DANS TOUT CELA. N’AI-JE PAS SOUFFERT ? NE LES AI-JE PAS FAIT SOUFFRIR ?
MAINTENANT, LES CHOSES SONT PLUS FACILES MAIS À L’ÉPOQUE, IL FALLAIT TOUT ACHETER.
J’AI SOUVENT FAIT DES ÉMISSIONS « AVEC DES BOUTS DE FICELLES » COMME ON DIT SAUF QUE J’AI PLUS SOUVENT QUE RAREMENT DÛ ACHETER LES BOUTS DE FICELLES MOI-MÊME. A BON ENTENDEUR SALUE.
HEUREUSEMENT IL Y A EU DES ÉMISSIONS REMARQUABLES COMME BONJOU MISSIÉ LI MÈ – DOKTÈ KARAÏB – LA JÉNÈS AN TAN LONTAN – AVOCAT KARAÏB – SA ZOT KA FÈ – MANO NOËL  ETC ETC IL Y A EU AUSSI LA LÉGION D’HONNEUR EN 1990. AU DERNIER MOMENT, ON M’A PROPOSÉ LE DOCTORAT HONORIS CAUSA À TRINIDAD MAIS JE N’Y SUIS PAS ALLÉ.
QUAND JE VOUS RACONTE TOUT CELA, VOUS POURRIEZ PENSÉ QUE JE VOUS DIS QUE J’AI FAIT TOUT CELA TOUT SEUL. MAIS JE PEUX VOUS DIRE LES GENS QUI ONT FAIT AUSSI RADIO CARAÏBES TELS QUE YANN DUVAL, JEAN-CLAUDE ASSELIN DE BEAUVILE QUI A TOUT DONNÉ MAIS VRAIMENT TOUT, QUI M’A DÉFENDU DANS DES MOMENTS TRÈS DIFFICILES. ON NE PEUT PAS OUBLIER JEAN-PIERRE PASTEL SURNOMMÉ IGNACE, MAURICE PASTEL SURNOMMÉ MOMO, BALTHAZAR ETC ETC SANS OUBLIER PIERRE PLACIDE DÉCÉDÉ DEPUIS, QUI NOUS EMMENAIT DU MATÉRIEL POUR NOUS AIDER CAR IL N’Y AVAIT RIEN À RADIO CARAÏBES. ET LES TECHNICIENS DANS TOUT CELA, QUI ÉTAIENT LÀ 24 SUR 24 HEURES SANS TOUCHER UN CENTIME DE PLUS COMME YANNICK RENÉ-CORAIL, LUCIEN TIMOS, JEAN-MARIE FLORINE, MARCEL LIMÉA ETC ETC
POUR EN FINIR, À L’HEURE ACTUELLE, JE SUIS À LA RETRAITE ET JE FOUILLE DANS LES ARCHIVES ET TOUT CE QUE JE VIENS DE VOUS DIRE, VOUS POUREZ LE RETROUVER SUR MON BLOG,  ET SUR MES DEUX SITES.
EN CE QUI CONCERNE RADIO CARAÏBES D’AUJOURD’HUI, EN VERSION « WW » COMME ON DIT, ILS N’ONT JAMAIS GLORIFIÉ LES GENS QUE JE VIENS DE CITER QUI ONT FAIT RADIO CARAÏBES. POUR DIRE LA VÉRITÉ, LA DIRECTION D’AUJOURD’HUI VOUS PRÊTE UN PARAPLUIE ET QUAND LA PLUIE SE MET À TOMBER, ILS VOUS LE REPRENNENT.
J’AI TOUT DONNÉ POUR RADIO CARAÏBES ET J’EN SUIS FIER.
MANO LOUTOBY LE MARDI-01-NOVEMBRE-2016

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L’homme qui a libéré la  » pawol kreyol « 

Mano Loutoby est une star qui a touché la Martinique au coeur. A 62 ans, l’animateur de Radio Caraïbes International reste pour tous celui qui a sorti le créole de l’ombre. Dès 1976, il lance sur RCI, dont les émetteurs sont alors installés sur l’île britannique de Sainte-Lucie, une série audacieuses (Doktè karaib, Bonjou misié li-mè, La jénès an tan lontan),durant lesquelles des notables, qui n’avaient jamais utilisé la langue régionale sur une quelconque tribune, acceptaient de n’intervenir qu’en créole pendant deux ou trois heures. Mano se souvient encore du scandale consécutif à l’émission avec Mgr Marie-Sainte, au début des années 1980 : « France-Antilles en avait fait sa Une, parlant de l’archevêque qui avait « osé » s’adresser en créole aux Martiniquais. » L’animateur se rappelle aussi fièrement avoir réussi à mettre fin à un conflit qui paralysait le secteur du BTP depuis trois mois, en amenant patrons et ouvriers à négocier en créole à la radio. « J’ai voulu montrer que notre langue n’est pas réservée aux blagues et qu’elle peut servir à expliquer clairement des choses très sérieuses comme le droit, la santé ou la politique. » Au-delà d’une langue, c’est tout un pan de la culture martiniquaise que Mano Loutoby a ainsi introduit sur la scène publique, de Frantz Fanon jusqu’aux traditions des fêtes de Noël, devenues depuis les « Mano-nwel ». 

SOURCE : Par L’Express, publié le 10/01/2008

Pour en savoir plus cliquez ICI:

http://www.lexpress.fr/informations/l-homme-qui-a-libere-la-pawol-kreyol_720672.html

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QUI SUIS JE? Peu de martiniquais naissent le Quartier (voltaire), Niché au plus Haut du ROBERT. A cette époque, c’était dans les années trente, quarante, il fallait être de cette catégorie d’hommes et de femmes au tempérament de fer, pour tirer de la terre parfois ingrate de ce coin isolé, le pain quotidien de la famille; famille souvent fort nombreuse, comme celle de Monsieur Gabriel Léonard LOUTOBY et de son épouse Née Sérafine Odette LUDOP. Douze enfants naquirent en effet de leur Union ! MANO, le Benjamin, et né le 24 aôut 1945.POUR EN SAVOIR
PLUS CLIQUEZ ICI : 
http://www.manoradiocaraibes.com/ou_pa_save.ws———————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————————— MANO LOUTOBY d3ed5e1c9e47eded98e9a7ad1bb2213474150_fam_01-295x300

Sa passion pour la radio est toujours intacte. Tout comme sa fidélité à la langue créole et à Radio Caraïbes International est inébranlable.

Comment vous définissez-vous ?

Je suis avant tout un Martiniquais, né dans une commune qui s’appelle le Robert, le 23 août 1945. Mon père plantait la canne et faisait du maraîchage. Il élevait aussi des vaches, ce qui lui permettait d’avoir du fumier pour « nourrir » la terre. Il avait « sa Mercédès » de l’époque, c’est-à-dire un cheval qui servait au transport des malades pour aller voir le médecin. J’ai fréquenté l’école, mais pas pour longtemps. Je parcourais 8 à 10 km pour aller à l’école. Nous portions nos chaussures en main et nous les mettions en entrant en classe. Je suis un vrai autodidacte.
Vous rêviez du métier d’animateur radio ?
Pas du tout. D’ailleurs, j’ai commencé à gagner ma vie comme électromécanicien, à la suite d’une formation par correspondance, avec Eurolec. Je me rendais chez les gens pour réparer des postes. Et puis j’ai été appelé sous les drapeaux et, à la fin du service militaire, j’ai passé le concours de gardien de prison en Guadeloupe. J’ai démissionné au bout de neuf mois pour retourner à ma passion première : la réparation radio. Mon atelier se situait Pont-Desmosthène (en face de France-Antilles, ndlr), quartier La Ravine.
Un jour, je suis allé voir Aimé Césaire chez lui. Comme tous les jours, il y avait au moins 200 personnes qui venaient lui soumettre des demandes. J’avais tenté ma chance. Mes papiers en main. Il m’annonçait que j’étais venu au bon moment, car la ville allait installer une régie d’électricité. C’est ainsi que j’ai été recruté, comme technicien. Au début, je changeais les ampoules. Mon chef de service était Daniel Marie-Sainte, l’ancien premier vice-président du conseil régional.
Il avait introduit une section syndicale à la mairie avec Frantz Agasta. Je suis devenu délégué syndical. C’était une belle aventure humaine, syndicale et professionnelle. Je me trouvais face à Césaire pour négocier des revendications syndicales. C’était très instructif. Il nous avait permis de mettre un frein au système alimentaire et de passe-droit qui minait la municipalité.
A quel moment avez-vous franchi le pas vers la radio ?
A la fin de l’année 1975, une annonce paraissait dans France-Antilles concernant la recherche d’un animateur pour une radio basée à Sainte-Lucie. J’ai envoyé ma « maquette » en créole et ma candidature a été acceptée. Tous les vendredis soir je prenais l’avion pour Castries. Jean-Claude Asselin de Beauville et moi étions les seuls Antillais de l’équipe de RCI. Il nous était pratiquement interdit de passer la musique antillaise. A l’époque RCI n’avait aucun moyen de me payer le trajet. Heureusement, Jean-Claude faisait partie de l’aéro-club de la Martinique. Ce qui nous permettait d’atteindre Sainte-Lucie, même à bord des coucous. Je sortais l’argent de ma poche pour payer les bandes magnétiques sur lesquelles j’enregistrais mes émissions. Pourtant, j’avais cinq enfants à nourrir. D’ailleurs, je garde encore cinq chèques sans provision que RCI m’avait donnés à l’époque.
Par ailleurs, je n’avais aucun sponsor car je ne parlais que créole à l’antenne Il n’y avait que l’opticien André Constant qui acceptait de parrainer mes émissions. Oui, au début, j’avais fait de la radio avec des bouts de ficelles.
L’arrivée des radios libres dans les années quatre-vingt vous a rapproché des auteurs martiniquais ?
Parfaitement! C’était si vrai que j’ai dû quitter mon poste à la mairie pour me consacrer entièrement à la radio. J’étais un cas unique, car après ma démission de la prison, j’abandonnais pour la seconde fois un emploi dans le public pour travailler dans le privé. Oui, la liberté retrouvée à partir 1981 : l’année de la libéralisation des ondes. Aussitôt, j’ai créé des séries d’émissions qui occupaient toutes les plages horaires. Notre succès s’est amplifié par 100, malgré la concurrence née de la libéralisation des ondes.
Mais à quoi attribuez-vous votre succès ?
Il provenait essentiellement du fait que le contenu de mes émissions en créole était sérieux. Je n’étais pas le premier à parler créole, mais avant moi notre langue n’était utilisée à l’antenne que pour des divertissements et des amusements. La seule émission en créole, respectueuse de la culture martiniquaise sur l’ORTF était « Ti Dédé » , une émission animée par Géro Ambrosine. Il était puissant, j’ai essayé de le détrôner sur sa tranche horaire. En vain…
Je voulais réconcilier les Martiniquais avec le créole. C’était la seule manière de mettre les invités à l’aise. C’est ainsi que j’avais réussi à faire signer en direct à l’antenne un accord entre les salariés du bâtiment en grève et leurs patrons. En effet, un dimanche, j’avais convié les deux parties qui ne voulaient céder sur rien. Au bout de quelques heures de vifs échanges en créole, ils sont tombés d’accord sur l’essentiel.
Vous êtes donc un militant de la langue créole…
Bien sûr! Je continue à dire que la France ne nous a jamais imposé le français sur ses antennes de radio et télé. A mon sens, le plus grand tort fait à nous-mêmes, c’est d’avoir utilisé la langue de l’autre sur nos médias. Pour réussir en radio comme moi, il faut avoir la vocation et la liberté de faire ce que l’on veut faire. Moi, j’ai eu carte blanche.
Pourquoi ne diffusez-vous pas de zouk dans vos émissions ?
Très honnêtement, je pense qu’il faut laisser la jeunesse passer « sa » musique. Oui, je reconnais qu’il y a du très bon zouk, mais le reste c’est le zouk-masturbation.
Et comment avez-vous créé l’émission « Mano Noël » ?
Je venais d’habiter le quartier Balata. A Noël, je voyais des gens se déplacer tous les jours pour courir les Chanté Noël. A partir de là, j’ai décidé de créer une émission. Ce fut un succès : les mairies et les grands surfaces m’ont suivi. L’idée avait enchanté Pierre Placide, propriétaire d’un magasin d’instruments musicaux. Il avait offert ses services pour la sonorisation.
C’est ainsi que tout a démarré dans un petit studio situé avenue Condorcet. Le voisinage se plaignait du vacarme. Et, un jour la police a débarqué. Nous avons trouvé un compromis, car il n’était pas question d’arrêter les Chanté Noël. Finalement, cinq policiers chargés de faire la sécurité s’associaient à nous, le dimanche.
Vous êtes aussi celui qui a l’une des plus importantes collections musicales de la Martinique…
J’ai acheté mes premiers 45 tours alors que j’étais encore à l’Armée. Par la suite, j’ai enrichi ma collection par de nombreuses sources : les marchés aux puces en France ou en Belgique.
Au bout de quelque temps, j’ai possédé 25 000 disques tirés du rachat des disques d’une radio caribéenne qui venait de faire faillite.——-
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Au début, j’ai fait de la radio avec des bouts de ficelle (Wilfrid Téreau)

Avez-vous été un militant politique ?
J’ai commencé à militer avec Guy Cabor-Masson. Ensuite, ?’ai adhéré au PPM (Parti progressiste martiniquais) où j’avais été le président du Balisier-section du parti-Salvador Al- ende de Redoute. J’ai dû abandonner le militantisme car beaucoup me reprochaient d’être affilié à un parti et en même temps animateur radio. J’ai pu concilier mes idées et mon travail d’animateur. La preuve, j’ai fait découvrir Frantz Fanon dans mes émissions en créole. Il était complètement oublié du grand public, il avait fallu le travail de Marcel Man- ville, président du Cercle Frantz Fanon. Je suis marqué par un certain nombre d’hommes politiques : Camille Darsières, Alfred Marie-Jeanne et Félix Hilaire-Fortuné.
Vous vous intéressez à l’évolution de la Martinique ?
Bien sûr! Je dis tout de suite que notre sort n’est nullement à envier. Car nous sommes perpétuellement dans des guerres claniques pour la défense des intérêts particuliers. Nous dépensons également trop d’énergie pour rien. Par exemple, on peut trouver 50 associations qui font la même chose. Nous avons deux centres culturels logés sous le même toit et, pour ajouter à la confusion générale, Mano Césaire est révoqué à la tête de l’Atrium/CMAC. Je ne comprends pas l’attitude des responsables de ce pays qui consiste à écarter un jeune artiste capable de bâtir des projets nouveaux et durables.
Nos élus doivent comprendre que la Martinique a changé et qu’ils ont la lourde mission de faire face aux problèmes de la jeunesse. Nos jeunes sont capables de réussir, à condition qu’on leur fasse confiance et qu’on leur donne les moyens.
Qu’est-ce que vous n’avez pas pu réaliser ?
Je n’ai pas pu créer une convention collective martiniquaise pour défendre les animateurs radio. C’est un regret, mais la tâche était presque impossible, car les animateurs étaient plus préoccupés de gagner plus d’argent dans l’immédiat que de se battre pour valoriser la profession.
Mais avant tout, mon rêve était d’être historien et chercheur en musique. Mais je n’ai pas fait d’études pour cela. Je me suis rattrapé par la radio qui me donne l’occasion d’exprimer ma passion pour les cultures musicales. Je suis et je reste passionné par les influences de la musique sur les hommes et la société. C’est cela notre histoire. Car mon pays a servi de terre d’accueil à des musiciens haïtiens et africains. Ils ont donné de nouvelles couleurs à la biguine, la mazurka.
Les rencontres des cultures au travers de la musique sont mon principal centre d’intérêt. Je suis soutenu dans ce travail par la nouvelle génération à la tête de RCI Martinique.
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Nos jeunes sont capables de réussir, à condition qu’on leur fasse confiance (Wilfrid Téreau)

- Magicien des ondes
Ce qui frappe quand on pénètre chez Mano Loutoby, c’est son impressionnante discothèque. Plus de 25 000 albums, tous classés par catégorie : soul, gospel, latin, reggae, cadence lypso, merengue, compas, musique africaine… À en perdre la tête. Avec les années, la poussière s’est accumulée sur les 78 tours, tentant de faire disparaître sous les monticules, les nombreux souvenirs de la star de la radio. Chose impossible. L’animateur a une mémoire d’éléphant. Il se souvient de tout. Loquace, il ne manque pas d’anecdotes et d’histoires croustillantes sur les artistes, les faits marquants de l’époque… Et quand il commence à vous parler de la radio, impossible de l’arrêter. RCI basée à Sainte-Lucie à l’époque, les apprentis pilotes qui l’emmenaient enregistrer ses émissions la-bas, le contact avec les auditeurs et surtout la promotion et la valorisation de la langue créole avec ses émissions : Doktè karaib, Avocat Karaib, Bonjou misié li-mè… Des tribunes d’expression, durant lesquelles les personnalités martiniquaises acceptaient d’intervenir en créole. Il se souvient encore du tapage médiatique causé suite à l’émission avec Monseigneur Marie-Sainte dans les années 80. « France- Antilles en avait fait sa Une, parlant de l’archevêque qui avait « osé » s’adresser en créole aux Martiniquais » , ou encore de son émission avec Aimé Césaire qui lui « avait reproché de ne pas trop parler français » .
Les souvenirs sont nombreux et quand l’homme vous les raconte, vous avez l’impression d’y être, d’entendre Aliker, Darsières ou Marie-Jeanne répondre en créole, avec verve à ses questions . En bon homme de radio, Mano sait captiver, séduire, distiller de la joie, c’est presqu’inné chez lui. À cela, il faut rajouter un certain franc-parler, un caractère bien trempé, et une bonne dose de culot qui lui ont valu l’amour des auditeurs et aussi une très grande liberté d’action sur les ondes de Radio Caraïbes International. La seule radio sur laquelle il a officié et continue aujourd’hui encore. Avec ses émissions, Mano devient dans les années 1970, une star adulée de tous. « Je n’avais plus de vie privée, mwen rantré tout koté » , sourit-il.
Mano remplit la grille des programmes de RCI : « Bonsoir Afrique » , « Hommage aux musiciens » , « Mano Rétro » , « Mano Noël » … Il tente même l’aventure télévisée avec TCI, et à chaque fois c’est le succès.
Mélomane éclectique : jazz, classique, grand répertoire français, musiques du monde, locale et caribéenne. Il a parcouru le monde à la recherche de disques, écumant les marchés aux puces et les magasins de disques de Trinidad, Haïti, Cuba… une véritable « discothèque ambulante » . Il a fait découvrir aux Martiniquais des artistes comme Mighty Sparrow…
Sa maison est truffée d’ordinateurs, de téléphones portables et surtout de livres car Mano est aussi un passionné de littérature et d’histoire.
À 65 ans, l’homme n’a toujours pas levé le pied. Il est toujours à l’antenne le dimanche sur RCI.
Pas facile de prendre congé de lui, tant il est attachant. Mais il faut bien nous en aller et conclure comme à l’antenne « Que la parole de Dieu vous accompagne » .
- BIO-EXPRESS
Né le 24 aout 1945. 1951-1959 école primaire du bourg du Robert.
1960 : obtient le certificat d’étude au cours d’adultes des Terres-Sainville. 1961 : cours d’électronicien par correspondance. 1963 : Mariage, naissance de son premier fils.
1965 : service militaire en Guadeloupe. 1966 : gardien de prison.
1970 : employé de la ville de Fort-de-France. 1975 : première émission Doktè Karaïb. 1980 : Croix d’argent du Mérite et dévouement français. 1985 : l’Ordre national du mérite.
1988 : Diplôme d’honneur de la Nuit des 7 Arts
1989 : Meilleur animateur Radio et Trophée Banzil créole.
1990 : Croix d’argent du Mérite et du dévouement français
1999 : Mizik awards, meilleur animateur radio de l’année. Depuis 2000 : Sa zot ka fè de 9 à 12 heures.
- Les grandes voix
Cette photo, datant de 1978, représente la fine équipe de RCI. Quelques-uns de ces animateurs ont par la suite « migré » vers d’autres radios, faisant ainsi les beaux jours de la bande FM en Martinique.
De gauche à droite : Mano Loutouby, Franck Ferrandier, Pierre Anexime, Ignace Pastel, Balthazar et Albert Auguste, dit « Albè Ti Siré » , le talentueux animateur de RFO décédé il y a trois ans. Commentaire de Mano : « Nous avions porté RCI sur notre dos » .
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(Wilfrid Téreau)

SOURCE :Aticle de
Adams KWATEH / Mélinda BOULAI
France-Antilles Martinique-02.06.2010
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