Nou Ka Sonjé-Cesaria Evora
13 avril, 2010 @ 1:11 EXCEPTIONNEL

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 Nou Ka Sonjé-Cesaria Evora

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Cesaria Evora est née le 27 août 1941 à Mindelo. Sa
mère Dona Joana, aimait mijoter des petits plats pour son mari et ses
cinq enfants ; elle fut cuisinière pour les Blancs (les riches) qui
affectionnaient particulièrement son tour de main. Elle aimait aussi la
musique et les musiciens.D’une extraordinaire jovialité, coquette et attentionnée, elle fut toute sa
vie la confidente de Cesaria Evora . Le père de Cesaria Evora , Justino
da Cruz Evora, jouait du cavaquinho (petite guitare à quatre cordes), de
la guitare et du violon. Il comptait parmi ses proches B. Leza,
compositeur fétiche du Cap-Vert. Lorsqu’il décède, Cesaria a tout juste 7
ans. Cesaria se remémore ses souvenirs d’enfance par bribes, elle
réfère souvent à Eulinda, ancienne voisine et amie qui habitait à
proximité du Lombo, le « quartier chaud » de Mindelo, port qui connût
autrefois ses bordels à l’égal d’Amsterdam.

La petite fille qu’était Cesaria Evora avait cette manie de nouer des
relations avec des personnes beaucoup plus âgées qu’elle qui lui «
évitaient de prendre de mauvais chemins ». Cesaria Evora fut confiée
dans sa tendre enfance à sa grand-mère puis aux religieuses auprès
desquelles elle apprit à détester tout carcan mora

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Cesaria Evora (Cize pour les intimes) fredonne souvent dans un large
répertoire et elle se représente le dimanche dans le kiosque à musique
de la grand-place, accompagnée de son frère Lela, saxophoniste. La vie
de Cesaria Evora est liée au quartier du Lombo investi autrefois par le
corps expéditionnaire portugais. Elle y fit ses classes de vie et de chant
aux côtés du compositeur Gregorio Gonçalves, personnage
charismatique, passionné de théâtre de rue.A 20 ans, Cesaria Evora est invitée à chanter pour la Congelo
(compagnie de pêche fondée avec des capitaux locaux et portugais)
ainsi elle prend part, rayonnante, à des soirées privées de notables. On
lui sert un dîner en guise de rémunération et à l’aube, elle redevient une
femme comme les autres. Cesaria met en avant une carapace faite
d’indifférence et d’obstination. Elle rencontre un musicien, plus âgé
qu’elle, Eduardo qui se révèlera être son premier grand amour et lui
permettra de chanter à Radio Mindelo.

Sa réputation s’étend alors vers les îles voisines. Mindelo bourgeonne de
bars et Cesaria Evora fait du Café Royal son repaire et entre deux SG,
les cigarettes portugaises, elle entonne des mornas pour les coopérants,
avocats, commerçants, aventuriers, marchands de poulets et
fonctionnaires portugais. Eduardo embarque pour les horizons
européens.

Cesaria Evora est malheureuse alors elle chante dans les bars et sur les
bateaux. Dans les années 60, João Mimoz, un commerçant qui possède
un petit magnétophone enregistre deux de ses chansons et envoie la
bande au Portugal pour en faire un 45 T. L’année suivante, Frank
Cavaquim décide d’en produire un deuxième mais c’est un double échec
cuisant.

En 1975, le Cap-Vert vit les répercussions de l’Indépendance et Cesaria
Evora cesse de se produire en public, plongeant dans une longue période
de dépression. Ce mutisme durera une dizaine d’années.
Mais la chance tourne et au début des années 80, le PAIGC (parti au
pouvoir) crée son organisation de femmes : l’OMCV. Dans ses rangs, on
y trouve nombre de militantes marxisantes dont Isaura, pharmacienne
et amie de longue date de Cesaria Evora qui, en 1985, concourt à
monter un spectacle en hommage à Cesaria Evora, destiné à faire sortir
de l’indigence celle que beaucoup considèrent comme « la Voix du Cap-
Vert ».

Mais Cesaria Evora vit cette expérience comme une vexation : elle
récolte des peaux de chagrin. Isaura impose alors sa participation à la
délégation des chanteuses capverdiennes qui partent à Lisbonne
enregistrer un album qui restera confidentiel.

En 1987, le grand chanteur Bana, lui propose, ainsi qu’à d’autres artistes
capverdiens, de se joindre à lui pour effectuer une série de concerts aux
USA dans la communauté capverdienne du New-Jersey. La tournée
connaît des hauts et des bas, les relations sont parfois difficiles entre
Cesaria Evora et Bana. De retour à Lisbonne, elle consent toutefois à se
produire quelque temps dans le restaurant que possède Bana, une
manière de payer son billet de retour.

C’est là, alors qu’elle chante dans ce restaurant, qu’elle rencontre José
da Silva, qui deviendra son mentor et producteur attitré. Nous sommes à
la fin de l’année 1987, José a le coup de foudre pour cette voix sublime.
Il propose à Cesaria Evora de venir à Paris faire un disque : elle a 47
ans et n’a plus rien à perdre, elle ne connaît pas Paris, elle dit oui. Le
voyage est organisé pour l’année suivante. A Paris, pour
l’enregistrement de l’album La diva aux pieds nus, José a engagé
quelques uns des musiciens capverdiens les plus réputés : Luis Morais,
Paulino Vieira, Manu Lima…

Pour célébrer la sortie du disque, un concert est organisé au club Le
New-Morning, le 1er octobre 88. La salle est à moitié pleine, mais un titre
Bia Lulucha, une coladera aux accents de zouk, fait un petit succès dans
la communauté capverdienne. José est
obstiné. Il sait que la chanteuse a du talent : il décide, en 1990,
d’enregistrer un deuxième album, Distino di Belita, comprenant des
mornas acoustiques et des coladeras électriques. »

A cette époque, Cesaria Evora faisait de nouveau la tournée des bars,
empochant ça et là quelques billets. Il faut bien gagner sa vie : elle a ses
deux enfants, et sa mère dont la vue décline, à sa charge. La petite
famille habite à Mindelo une maison délabrée, au n°7 de la rue William
Du Bois, près du port. François Post, alors attaché presse de la société
discographique Mélodie (qui concourut à sa reconnaissance
internationale) se rappelle cette odeur d’eau croupie, une luminosité
réduite à une ampoule par pièce suspendue dans le vide, des citernes
d’eau accumulées et un petit chat noir, « mais elle était d’une gentillesse
incroyable, elle avait un coeur immense ».

L’album Distino di Belita n’a pas rencontré le succès, pourtant il a été
repéré par quelques professionnels, comme Christian Mousset, le
directeur du Festival Musiques Métisses d’Angoulême. François Post
convainc José de réaliser un album uniquement acoustique et Cesaria
Evora revient en France, fin mai 91, pour l’enregistrer. Le 2 juin, elle se
produit à Angoulême, et le 7, à Paris, au New-Morning. Les deux
concerts, s’ils ne suscitent pas encore l’affluence, éveillent l’intérêt de la
presse spécialisée (premier article dans Libération). En octobre sort
l’album Mar Azul, qui est immédiatement programmé sur les radios FIP
et France Inter.

Un nouveau concert est prévu le 14 décembre au New-Morning. Un
public, en majorité européen cette fois ci, l’acclame dans une salle archi
comble. Véronique Mortaigne écrit dans Le Monde “Cesaria Evora, la
cinquantaine bien vécue, chante lamorna avec une dévotion canaille…
(elle) appartient à cette aristocratie mondiale deschanteuses de bar”. La
légende commence à se forger.

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Après Mar Azul, le buzz médiatique s’amplifie. José da Silva, confiant,
décide de s’engager dans la production d’un album plus ambitieux, Miss
Perfumado, qui sort en octobre 92 (avec plus de 300.000 copies vendues
à ce jour en France, beaucoup le considère comme le chef d’oeuvre de
Cesaria Evora – Miss Perfumado a été nommé aux Grammy Awards
après sa sortie américaine, en 1999). L’album est réalisé par José da
Silva et Paulino Vieira, le pianiste inventif de ses débuts. Il contient
quelques unes des plus belles chansons de son répertoire, dans la
meilleure tradition capverdienne : Sodade, Angola, Lua nha Testemunha
et bien sûr la morna de B. Leza, Miss Perfumado.La presse s’enflamme pour cette voix hors norme et va jusqu’à la
comparer à Billie Holliday. Tout ce qui deviendra « la légende de Cesaria
Evora » s’étale à longueur de colonnes : son goût immodéré pour le
cognac et le tabac, son existence difficile dans des îles oubliées, les
douces nuits de Mindelo…

En juin 1993, Cize remplit L’Olympia (deux concerts à guichets fermés
les 12 et 13 juin) et entame sa première grande tournée internationale …
« Alors je me suis mise à chanter pour de bon […]

Je ne crois pas au rêve, ni au destin […] Ce qui me ravit aujourd’hui,
c’est le bonheur d’avoir traversé toutes les souffrances pour mieux vivre
ce que je vis maintenant. Chez nous,on dit qu’il vaut mieux boire le fiel
d’abord et le miel ensuite. Maintenant, je bois du miel. »
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