Maurice Alcindor : « C’est ma nature, je suis un éternel optimiste »

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Leïla Hamitouche / Adams Kwateh- Mercredi 04 décembre 2013

Chansonnier, fantaisiste, Maurice Alcindor a été révélé à la scène il y a plus de 50 ans. Et il se produit toujours avec le même plaisir.

Comment vous situer en Martinique, tellement vous êtes familier de tout le monde ?

Je me sens partout chez moi en Martinique : les gens m’arrêtent pour discuter tout simplement. Sinon, je puise mes racines au quartier Morne-Serpent, au François, où je suis né. Mais j’ai été élevé à Fort-de-France par ma demi-soeur Noémie Magalon née Laou. Elle m’a appris les bonnes manières (rires) et surtout c’est elle qui m’a inscrit très tôt à ce que nous appelions « lékol pèyè » . Contrairement aux établissements publics gratuits, ces écoles payantes étaient tenues par des dames. Celle que j’ai fréquentée appartenait à Mme Carlo. Mon père adoptif m’a inscrit plus tard dans une petite école qui n’existe plus aux Terres-Sainville. Ensuite, j’ai poursuivi ma scolarité du CE1 au CM2 à l’école située à la place Abbé-Grégoire. Mais je n’ai pas eu mon certificat d’études.

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Parce que vous étiez un mauvais élève ?

Non seulement, je n’ai pas été un élève brillant, mais encore plus, la privation imposée par le régime vichyste a été un frein pour beaucoup de personnes de ma génération. La preuve, le jour de l’examen du certificat d’études, je suis allé faire la queue pour acheter du pain. Et quand je suis revenu, les épreuves avaient déjà commencé.C’était le manque total, il n’y avait ni livres, ni cahiers. Comme outils de travail, il y avait l’ardoise, le porte-plume et l’encrier. Résultat : j’avais des zéros partout, sauf en dessin. Durant toute ma scolarité, l’appréciation du maître était la suivante : « Mauvais élève, mais peut mieux faire » .

 

Malgré tout, avez-vous poursuivi le cursus scolaire ?

Oui, j’ai été inscrit au cours d’adultes à l’école des Terres-Sainville dirigée par Hector Saé. Parallèlement, je me formais à l’ébénisterie chez M. Adrassé qui avait son atelier situé à An lè Kannal, le secteur qui sépare les Terres-Sainville de Trénelle. J’ai appris à scier, raboter, lisser, polir…

Vous gagniez votre vie tout de même ?

En fait, à cette époque, les jeunes apprenaient plusieurs métiers pour répondre à toutes les occasions qui pouvaient se présenter. Oui! J’ai très tôt eu mon premier salaire. Je l’ai remis directement à mon père. Au lieu de l’utiliser pour nourrir la famille, il m’a ouvert un livret d’épargne que j’ai toujours.

Vous vous êtes longtemps illustré dans le sport. Qu’est-ce que l’activité sportive vous a apporté ?

J’ai fait de la course à pied durant 18 ans sous les couleurs du Golden Star pour une compétition appelée le Tour de la ville. Je participais aussi à la Coupe du Conseil général. Le sport m’a permis d’avoir une forme physique extraordinaire. Il m’a ouvert aussi les portes du monde du travail. Compte tenu de mes performances en athlétisme, Hélène Pompière, président du Golden Star, m’a sollicité pour intégrer son équipe. J’ai accepté, mais à la seule condition qu’il me trouve du travail. C’est ainsi qu’il est allé voir le pompiste Pierre Lameynardie qui m’a engagé comme laveur et graisseur de véhicules qui appartenaient à des personnalités de haut rang. Un jour, M. Barclay, professeur au lycée Schoelcher me présente à M. Ipcha, intendant du lycée, qui m’a embauché un dimanche comme agent de service. C’est ainsi que je fais mon entrée dans l’Education nationale.

Quels souvenirs gardez-vous des élèves dans cet établissement qui pendant longtemps était le seul lycée de la Martinique ?

Je les connaissais tous sans exception par leur nom, pour la simple raison que j’étais chargé de servir les repas midi et soir. Je me souviens plutôt des longues heures passées au lavage et à l’essuyage des couverts et des assiettes. Mais il y avait aussi des moments de réjouissances, à Noël notamment, quand la famille Marsabé, le premier groupe de comédiens professionnels de la Martinique, venait animer la fête de fin d’année. Il y avait Edouard Laveau, surnommé Ro Doudou, Daniel Carotine, Christian Suffrin dit Kiki, Maurice Jallier et moi-même.

Ce qui veut dire que vous aviez un pied dans le monde de la musique ?

A l’époque, la musique était présente partout en Martinique. Mon cas n’était pas exceptionnel, même si des gens disent que la musique est un don dans ma famille. Je crois plutôt que j’ai été influencé très tôt par Noémie Magalon, ma demi-soeur, qui tenait un cahier de chants dans lequel il y avait des textes de Joséphine Baker, Jean Sablon, Georges Guétary et bien d’autres vedettes internationales.Par ailleurs, à cette époque, il y avait de grands rendez-vous musicaux au cours desquels on détectait de futurs talents.Et quand un nom sortait du lot, le public l’incitait à monter sur scène.

Mais à quel moment le déclic s’est-il produit chez vous ?

J’ai été propulsé sur scène par le spectacle Ploum-Ploum Tralala animé par Francisco et Maurice Jallier. Il se tenait tous les jeudis sur la place de la Savane. J’ai eu mes premiers succès grâce à mon interprétation du répertoire de Maurice Chevalier.Mais c’est à la famille Elizé, propriétaire des salles de cinéma du même nom, que je dois ma carrière de chansonnier. J’avais assuré une animation à l’entracte du film « Fils de personne » . Ce fut un coup de maître et une revanche aussi. En effet, quelques années plus tôt, j’ai été sifflé par le public au cinéma Pax. Pourtant j’étais accompagné par la formation en vogue à l’époque : l’orchestre Blue Moun, dirigé par Serge Péroni. J’étais déçu. A la fin, j’ai défié le public en disant : « Je vous donne rendez-vous dans trois ans, vous verrez ce que je deviendrai » .

Et qu’avez-vous fait ?

Je me suis mis au travail avec le soutien de Sam Alpha pour les vocalises, Victor Coridon qui m’apprenait le saxophone et la guitare. Il détenait aussi la plus grande collection de timbres de la Martinique.Pour couronner le tout, Maurice Jallier a fait de moi le fantaisiste. Il m’a écrit des textes qui ont eu un grand succès tel que « L’Autonomie » , une allusion à Césaire pour son orientation politique.

La collaboration avec Jallier a été fructueuse alors ?

C’est le cas de le dire. Il m’avait même accompagné à la guitare lors d’une prestation au Bataclan à Fort-de-France. Oui, Maurice m’a appris les trucs du métier.Ce qui fait que chaque année, je montais un nouveau spectacle. J’ai fini par dire que la différence entre Johnny Hallyday et moi, c’est que depuis des décennies il chante les mêmes chansons, alors que moi je renouvelle mon répertoire chaque année. Je remplissais toutes les salles de Fort-de-France et des communes. Les gens se reconnaissaient dans ce que je faisais pour la simple raison que mes paroliers étaient martiniquais :Maurice Jallier, Victor Abraham, Fernand Donatien, Claude Confiant ou André Geneviève.Ce dernier a composé pour moi six chansons grâce auxquelles je suis entré dans la Société des artistes et compositeurs.

Quelle leçon tirez-vous de ce métier ?

Je me considère toujours comme un amateur. C’est d’ailleurs France-Antilles Guadeloupe qui a titré une fois : « Maurice Alcindor chanteur amateur de classe internationale » . Avant tout, je considère le métier de chansonnier comme la meilleure thérapie au monde contre les difficultés de la vie. Mon art me relie aux autres : c’est la gaieté et la bonne humeur. C’est cela ma vraie nature, car je suis un éternel optimiste.

Auriez-vous pu vivre ailleurs qu’en Martinique ?

Pourquoi pas, si c’était dans mon destin. Il se trouve que la Martinique est ma terre de naissance et d’attache. Mon pays m’a tout donné. Je suis tout simplement amoureux de mon île où fait bon vivre. Je pense même que quand le bon Dieu est fatigué, c’est en Martinique qu’il vient se reposer (rires). Par contre, ce pays souffre de la politique politicienne. Autrement dit, si les élus s’entendaient pour fonder le Parti de la Martinique, le pays s’en sortirait mieux. Il faut travailler à l’union et non la désunion tant au niveau local que régional.Sur ce dernier point, l’éclatement annoncé de l’Université des Antilles et la Guyane met en péril l’avenir de la jeunesse.

BIO EXPRESS

Né le 17 juin 1930, au François.

1936 : il est à l’école payante de Mme Carlo (à l’Ermitage, Fort-de-France).

1944 : il entre dans la vie active.

1945 : il se produit sur la Savane dans « Ploum-Ploum Tralala » .

1954 : débute comme chansonnier.

12 décembre 1957 : il épouse Antonine Accamah.

1970 : agent de service dans l’Éducation nationale.

Retraité de l’Education nationale en 1995, il a animé durant 20 ans l’émission hebdomadaire «

Palé pa ni sézon » sur RFO.

Il est père de cinq enfants, grand-père de dix petits-enfants et deux fois arrière-grand-père.Auteur d’une dizaine d’albums, il est officier des Palmes académiques et officier dans l’ordre national du Mérite.

SOURCE :franceantilles.

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